• du 2 au 8 juin 2021, QUI CHANTE LA BAS ?

    Qui chante là-bas, de Slobodan Sijan (1980)

     

    Imaginez, réunis dans un bus bringuebalant et à bout de souffle un couple de jeunes mariés mal assorti, un notable raciste et adepte de l’ordre, un vieux râleur qui va rejoindre son fils militaire, un tuberculeux atteint de quintes de toux, un chanteur de charme, un chasseur maladroit, une vieille dame silencieuse, et même un pope, un propriétaire du bus qui tient à respecter et faire respecter le règlement jusqu’à l’absurde, et son fils, un peu simplet, qui conduit l’engin. Il sait conduire le bus les yeux bandés…. et le prouve.   

    Le bus parti du fond de la campagne yougoslave roule vers Belgrade. L’action se situe au printemps 1941 à la veille de l’offensive allemande. Placer l’action du film en 1941, c’est aussi annoncer l’imminence de la République Socialiste de Tito, celle-là même qui vit ses dernières heures en 1980 au moment où le film est réalisé. Jetant un pont entre l’époque de l’action et celle de la réalisation, le cinéaste dresse des perspectives autant qu’un bilan, celui de l’échec d’un régime. 

    Rassembler dans un bus un échantillonnage haut en couleurs de notre humanité serait-il aussi fantasque que d’enfermer à l’intérieur des mêmes frontières les Serbes, les Croates, les Slovènes, les Bosniaques, les Kosovars, les Monténégrins et les Macédoniens qui ont su comme vous savez retrouver leurs bornes d’antan et s’y cantonner. 

    La narration du film est en partie assumée par un petit chœur palpitant constitué de deux Tziganes, l’un à l’accordéon, l’autre à la guimbarde, qui ouvre le film et le clôt. Presque toujours extérieurs aux actions telles qu’elles sont vécues par les autres protagonistes, ils ne sont là, pour ainsi dire, que pour subir le racisme des autres passagers (dès qu’il faut un coupable, ils sont en tant que Tziganes tout désignés) ou chanter, encore chanter, toujours chanter. 

    Une comédie grinçante où s'inscrit l'énergie d'une population pourtant désabusée dans un pays au bord du désastre. Un délice d’humour, d’ironie malicieuse et de cocasserie tendre. Cette première oeuvre réussie du réalisateur serbe Slobodan Sijan, alors âgé de 35 ans, révèle un style que développera peu de temps après, et avec le succès que l’on connaît, son compatriote Emir Kusturica.





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