Un village saoudien, années 90. Dissimulée dans une semi obscurité, une jeune fille
découpe des silhouettes dans des magazines pour se fabriquer une sorte de petit théâtre.
Les journaux sont proscrits mais Norah a passé un accord avec l’épicier, seul commerçant
de la place, et qui a accepté de braver l’interdit. Norah a été élevée par son oncle et sa tante,
cette dernière d’ailleurs ne manque pas de lui rappeler qu’elle doit se marier et terminer sa
vie ici même…
Un jour arrive Nader, le nouvel instituteur. Sa classe est bien sûr exclusivement masculine.
Pour récompenser un élève, Nader réalise son portrait. Cet homme jeune et discret est
donc également un artiste. Or, l’élève en question, c’est le frère de Norah. Cette dernière,
fascinée, n’a plus qu’une idée en tête, être portraiturée à son tour. Geste évidemment
inimaginable, puisqu’au sortir de leur « foyer », les femmes sont obligées de dissimuler
entièrement leur visage, et que le tabou de la représentation est très puissant.
Délaissant ouvertement le film pamphlet que le sujet aurait pu susciter, T.Alzaïdi crée une
ambiance faussement feutrée et tranquille, la chaleur écrasante vide la place du village, lieu
qu’on ne quittera jamais, en apparence si calme. Même les élèves de Nader n’ont pour
ambition que de travailler aux côtés de leurs pères. T.Alzaïdi évite également l’histoire
d’amour attendue. Mais un simple portrait, interdit, dissimulé, convoité, peut parfaire ou confirmer une vocation. Personnage solitaire et doux, Nader n’en est pas moins celui par qui le scandale arrive.
Extrêmement retenu et bien plus politique qu’il n’en a l’air, « Norah » est le deuxième film
saoudien présenté en France, après « Wadjda » en 2013.
Il a obtenu une « Mention spéciale du jury » dans la section Un certain Regard au dernier
festival de Cannes.