SEMAINE PATRIMOINE : Binka Jeliazkova
La vie s’écoule silencieusement (1957)
La piscine (1977)
Les horaires sont sur le site du cinéma Victoria : http://www.cinemavictoria.fr
La réalisatrice
Binka Jeliazkova est une réalisatrice de cinéma bulgare majeure du XXᵉ siècle. Elle est surtout connue pour être la première femme à réaliser un long métrage en Bulgarie et l’une des rares femmes cinéastes dans le monde à débuter dans les années 1950. Elle a commencé sa carrière après avoir étudié au Sofia Theatre Institute et travaillé aux studios de cinéma Boyana. Elle a réalisé neuf films entre 1957 et 1988, dont plusieurs longs métrages et documentaires. Elle a souvent travaillé avec son mari, le scénariste Hristo Ganev.
Plusieurs de ses films ont été interdits de diffusion dans son propre pays par les autorités, et n’ont trouvé leur public qu’après la chute du régime communiste en 1990. Son cinéma se caractérise par une forte dimension politique et sociale, souvent critique envers le régime communiste en place en Bulgarie et un style audacieux, influencé par le néo-réalisme italien et la Nouvelle Vague européenne.
Aujourd’hui, Binka Jeliazkova est considérée comme une pionnière du cinéma bulgare et un symbole du cinéma féminin et engagé. Son travail, longtemps méconnu en dehors de Bulgarie, fait l’objet de rétrospectives et de redécouvertes dans les festival internationaux.
En juillet 2023 CinéFilAix avait programmé deux de ses films: Nous étions jeunes (1961) et Le Ballon attaché (1967). Cette nouvelle semaine patrimoine qui lui est consacrée vous permettra de voir La vie s’écoule silencieusement et La piscine.
La vie s’écoule silencieusement
Le film suit d’anciens résistants antifascistes après la Seconde Guerre mondiale, une fois le nouveau régime communiste installé. Loin de l’enthousiasme révolutionnaire attendu, ces personnages sont confrontés à la désillusion, à la fatigue morale et à l’écart entre leurs idéaux passés et la réalité du pouvoir.
C’est le temps de la désillusion politique, le passage de l’héroïsme à la vie ordinaire, le silence, l’attente, la stagnation, la solitude morale face au conformisme, le décalage entre idéaux révolutionnaires et réalité sociale.
Binka Jeliazkova utilise un ton sobre et grave, loin de la propagande, un rythme lent et contemplatif, des personnages complexes, sans héros glorifié.
Le film est interdit immédiatement après sa réalisation par les autorités bulgares pour absence d’optimisme idéologique, représentation négative de l’après-révolution, le refus du modèle du «héros socialiste positif ».
Film précurseur, oeuvre courageuse et profondément humaine, témoignage rare sur la désillusion post-révolutionnaire
La Piscine
Le film se déroule autour de la construction d’une piscine publique dans une petite ville. Ce projet collectif, apparemment banal, devient peu à peu le révélateur des tensions sociales, des rapports de pouvoir, de la bureaucratie et du conformisme qui régissent la société.
À travers une galerie de personnages — responsables locaux, ouvriers, citoyens — le film montre comment un idéal collectif se vide de son sens au profit de l’obéissance, de l’inertie et de l’intérêt personnel.
La réalisatrice brasse ses thèmes majeurs: la bureaucratie et l’absurdité administrative, le conformisme social, la perte de l’idéal collectif, la responsabilité individuelle face au système, l’illusion du progrès
Dans une mise en scène rigoureuse la réalisatrice emploie un ton allégorique plutôt que frontalement politique, un ton ironique, parfois absurde.
Le film jugé trop ambigu et trop critique ne sera pas officiellement interdit en Bulgarie mais sera peu diffusé, ne bénéficiant d’aucune promotion,.
Pourquoi voir La Piscine aujourd’hui: pour comprendre la critique de l’intérieur du socialisme réel, pour son regard lucide sur les mécanismes collectifs, pour son actualité (bureaucratie, inertie, perte de sens), pour découvrir une œuvre subtile d’une grande cinéaste européenne.
Dominique DELDIQUE
L a bande annonce est ICI.