BAIT, de Mark jenkin
Bait de Mark Jenkin est un choc esthétique majeur. Si le sujet — la gentrification d'un port cornouaillais et le conflit entre locaux et touristes — s’ancre dans le réalisme social, sa forme est d'une originalité radicale.
Jenkin tourne en noir et blanc avec une caméra Bolex 16mm à manivelle et développe la pellicule à la main (au café instantané !). L'image qui en résulte est une matière vivante, vibrante, zébrée de griffures et de taches de chimie. À cette texture organique répond un montage saccadé hérité des avant-gardes soviétiques, multipliant les très gros plans pour instaurer une tension de western.
L'audace est aussi sonore : privé de son direct, le cinéaste bruite et post-synchronise tout en studio. Ce décalage crée une atmosphère onirique et claustrophobe. En choisissant l'artisanat brut contre l'uniformité du numérique, Jenkin fait corps avec son héros pêcheur. Une œuvre totale, anachronique et résolument moderne.
A VOIR ABSOLUMENT !
Dominique Merlen