JE TREMBLE Ô MATADOR
de Rodrigo SEPULVEDA
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Des militaires font irruption dans un cabaret où des travestis chantent et dansent. L’un d’entre eux, La Loca, réussit à s’échapper. Une fois dehors un jeune homme lui sauve la mise.
Santiago du Chili. Dictature de Pinochet. Le jeune homme s’appelle Carlos, La Loca l’invite dans son appartement délabré, les lieux environnants portent les cicatrices d’un tremblement de terre. Le quartier est pauvre, La Loca y survit en effectuant des travaux d’aiguille, passe ses coups de fil depuis l’épicerie du coin et chante des mélopées (« Tengo miedo torero » en est une) avec des personnes aussi cabossées par la vie qu’elle-même. Revenue sans doute d’une foultitude de déceptions amoureuses, en butte régulièrement aux insultes et arrestations, La Loca tombe amoureuse de Carlos au point d’accepter d’entreposer des caisses de soi-disant livres précieux. Secret de Polichinelle, il s’agit d’armes appartenant à un groupe d’activistes qui préparent un attentat contre Pinochet.
A partir de là, le récit sera centré sur la relation (qu’on pourrait presqu’appeler intrigue) entre Carlos et La Loca. Cette dernière prétend n’être pas dupe un instant des intentions de son jeune compagnon et pourtant veut croire à toute force que leur promenade à la campagne ne comporte aucune arrière pensée… Ce qui intéresse le réalisateur Rodrigo Sepulveda, c’est de porter cette relation à son paroxysme, en en préservant, c’est tout l’enjeu du scénario et tout son intérêt, les plages de doute et d’ambiguïté. Comment vivre une histoire d’amour, si atypique soit-elle, en période de dictature, lequel des deux personnages est le véritable héros ? Si ces thématiques ne sont pas frontalement abordées, elles existent en filigrane et sous tendent le récit. D’ailleurs le roman homonyme de Pedro Lemebel (en cours de réédition dans sa traduction française paraît-il) incluait le personnage du dictateur.
Alfredo Castro, vu dans les films de Pablo Larrain (« Tony Manero », « Santiago 1973 », « Le club ») et plus récemment dans « Karnawal », incarne La Loca, constamment sur le fil entre dérision assumée et provocation, à la lisière du ridicule et du mélodrame. Dans une très belle séquence, elle s’avance, face à des hommes en armes, la foule qui manifestait s’est plaquée au sol, La Loca reste debout et se faufile magiquement entre deux soldats, comme le fantasme d’une évasion possible.
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