DOS MADRES, de Rodrigo IRIARTE
Tout comme il existe des romans épistolaires, « Dos madres » est un film épistolaire. Il se déroule en trois parties, comme les trois personnages qui s’écrivent avant de se voir.
A Vera, jeune mère en détresse, l’on a dit il y a vingt ans, que son bébé était mort à la naissance, à Cora qui a adopté l’enfant en toute bonne foi, l’on a dit qu’il était orphelin. Depuis, le petit garçon a grandi, il se prénomme Egoz. Quand Vera et Cora ont chacune appris l’existence de l’autre, elles ont décidé de se rencontrer, au Portugal. Le point de départ de ce récit est la découverte en 2010, d’un sordide trafic d’enfants, commencé sous la dictature franquiste. Il a perduré pour des raisons purement lucratives jusque dans les années 90. En 2018, a enfin eu lieu un premier procès, décevant pour les victimes puisqu’il s’est achevé sans condamnation, les faits étant considérés comme prescrits.
En choisissant une narration spécifique, en mêlant les genres, Iriarte se détache du pamphlet ou du film à thèse, ce qui ne signifie pas bien évidemment que « Dos madres » ne soit pas un film politique.
Le premier plan montre un doigt qui suit un itinéraire sans doute imaginaire sur une série de cartes, sorte de chemin tortueux que devront emprunter les deux femmes pour panser leurs blessures. A Vera appartient la partie la plus romanesque et la plus noire du récit, elle qui se transforme en détective et choisit une profession adéquate pour recueillir des informations et retrouver la trace de son fils, filatures et même gadgets…ainsi qu’un projet de vengeance mûrement réfléchi. Avec Cora, professeure de piano et mère attentive, l’on est davantage dans l’intériorité, une sorte de calme bienfaisant, du moins en apparence. Iriarte n’aurait pas pu mieux choisir les actrices, Lola Duenas, vue chez Almodovar et A.Torrent.
Le réalisateur évite habilement toute scène attendue de retrouvailles, toute haine ou méfiance possible entre les protagonistes. Là, le politique ressurgit, Vera, Cora et Egoz sont victimes d’un système inique et de l’omerta qui a suivi sa mise en place. Ce sera donc à elles deux de se venger, si le trio est soudé et la complicité évidente (tous trois se teignent les cheveux du même blond lumineux !) l’oubli n’est pas de mise. Le titre original de « Dos madres » est d’ailleurs « Sobre todo de noche » (Surtout la nuit).
