AFTERSUN
de Charlotte WELLS
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En 1997 Sophie avait 10 ans. Elle est partie avec son père dans un club de vacances en Turquie. Adulte aujourd’hui, elle se remémore cette parenthèse, pas si enchantée que cela pourtant. Dès le début du récit, l’on pressent l’inévitable fêlure mais elle ne se produit pas là où on l’attend. Sophie ne se livre pas à une introspection, elle essaie juste de se souvenir de cet homme qu’elle connaissait mal finalement, son père, Calum.
Tous deux en apparence jouent parfaitement le jeu, animations du club, rencontres diverses, piscine, débuts de confidences, achats occasionnels. Sophie, qui possède depuis peu un petit caméscope, filme Calum. Le symbole est clair, la possible vérité passera par l’image filmée… Curieusement, dans ce récit délicatement rythmé, c’est Calum le personnage principal, et non Sophie. Cet homme encore très jeune semble parfois davantage que mélancolique, inquiétant. Il porte un plâtre au poignet et paraît par moment avoir des pulsions suicidaires. Mais après tout, il ne fait que contempler le paysage depuis le balcon d’une chambre d’hôtel, la mémoire de Sophie se charge du reste.
La jeune femme, devenue mère, tente aujourd’hui l’impossible, que ses souvenirs intimes collent avec les images tremblantes du caméscope, qu’elles trouvent leur juste place dans cette histoire recomposée, qu’elles forment un récit cohérent. Petit à petit d’ailleurs, l’on dirait presque que les rôles s’inversent. L’une des clés de l’intrigue, s’il fallait en trouver une, pourrait être celle-ci, la gamine protège le jeune adulte, le sauve en quelque sorte.
Sans jamais rien asséner, Charlotte Wells dissémine çà et là quelques indices, une chanson de Blur, « Tender », lors d’un moment clé, ou les commentaires sur les motifs d’un tapis, dont le commerçant explique que leurs circonvolutions contiennent le récit d’une vie.
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