THE COUNTER CARD, de Paul Schrader
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Dire que Paul Schrader est le réalisateur d’une vingtaine de films dont Blue Collar (1978), Hardcore (1979), American Gigolo (1980, La Sentinelle (2014) et le scénariste d’une dizaine de long-métrages dont Taxi Driver (1976) et Raging Bull (1980) de Martin Scorsese, et Obsession (1976) de Brian de Palma permet de camper le personnage.
Réalisateur ou scénariste il est hanté par un sujet obsessionnel, le thème de la rédemption, du rachat.
Dans The card counter il met en scène le personnage de William Tell (nom anglais de Guillaume Tell mais ça n’a rien à voir avec le héros légendaire des mythes fondateurs de notre voisin La Suisse), ancien militaire tortionnaire dans la tristement célèbre prison d’Abou Ghraib en Irak. Bien qu’ayant agi sous l’autorité d’un supérieur qui ne sera pas inquiété à l’issue du conflit il fera partie des quelques lampistes qui seront condamnés.
William Tell met à profit sa dizaine d’années d’incarcération pour entrainer sa mémoire et exceller comme compteur de cartes: retenir chaque numéro, chaque symbole, calculer les probabilités de gagner ou de perdre.
À la sortie de prison il va errer dans une solitude assumée, sans famille, sans amis, sans amours, les casinos le long des routes américaines, jouant peu, gagnant peu pour ne pas attirer l’attention.
Mais il n’est pas si simple de s’extraire durablement du monde. William sera amené à croiser deux êtres avec qui il cheminera désormais: La Linda, joueuse professionnelle possédant une écurie de joueurs à laquelle elle voudrait l’intégrer et le jeune Cirk dont le père a servi aussi avec William dans la prison d’Abou Ghraib.
Les 3 personnages sont interprétés par un formidable trio d’acteurs: Oscar Isaac (William), Tiffany Haddish (La Linda), Tye Sheridan (Cirk).
Paul Schrader signe un film froid et magnétique, un film poisseux qui ausculte la mauvaise conscience américaine après la guerre en Irak. Il pose un regard désabusé entre la grandeur d’une nation qui revendique la liberté et le constat d’échec de ses idéaux. Comme caricature pathétique d’un pays à la dérive on remarquera au fil du film un personnage croisé d’étape en étape au bord des tapis verts, habillé de pieds en cape de la bannière étoilée se faisant appeler…… Mister USA .
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