CHER PAPA de Dino Risi
_________________
PORTRAITS FANTÔMES de Kleber Mendonçà Filho
Soirée du jeudi 25 janvier 2024 en présence de François BARGE-PRIEUR
Critique, président des "FICHES CINÉMA"
| |
Albino Millozza (Vittorio Gassman), ancien résistant et homme de gauche, est le chef d’entreprise d’un grand fleuron industriel italien. Hâbleur, bavard et fier de lui, il exhibe comme autant de trophées son grand train de vie, sa villa suisse où vit son épouse suicidaire (Andrée Lachapelle) qu’il visite par pitié, sa maîtresse (Aurore Clément) qui a le bon goût se s’entendre avec cette dernière. Les relations avec ses enfants sont plus tendues. Sa fille (Ileanna Fraia) , post-hippie déboussolée est traitée dans un centre de désintoxication rural et new âge et refuse de lui adresser la parole. Son fils Marco (Stefano Madia) se montre cordial mais distant. Les choses se gâtent lorsque Millozza découvre un carnet qui relie Marco aux Brigades rouges et qui semble détailler les plans d’un attentat à venir visant un certain "P".
Dino Risi a débuté le tournage de son film en octobre 1978, soit quatre mois après l’assassinat d’Aldo Moro par les brigades rouges. On est encore dans cette période que l’on a appelé rétrospectivement "les années de plomb" - période située entre l’attentant de la Piazza Fontana en décembre 1969 et celui de la gare de Bologne en 1980 - qui ont mis brutalement un terme à l’euphorie de la décennie écoulée (le boom économique) et plongé l’Italie dans le chaos, un moment de terreur orchestrée par les mouvements néo-fascistes et des organisation d’extrême gauche, et rythmé par des attentats, des enlèvements, des meurtres.
Dino Risi, grand maître de la comédie italienne a introduit dans son oeuvre à partir des années 70 un voile plus sombre, plus mélancolique aussi. Il y fait vibrer une corde plus grinçante, comme si l’histoire tumultueuse des années 70 nécessitait une forme de réajustement par rapport à la comédie des années 60.
Il ne faut pas rater ce grand film où le personnage de l’industriel Millozza constitue une sorte de palimpseste des différents personnages joués par Vittorio Gassman depuis le début des années 1960 devant la caméra de Dino Risi.
| |
Dans ce documentaire le réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho (Les Bruits de Recife, Aquarius, Bacurau) convoque la mémoire et les fantômes du passé dans un film composé d’archives personnelles et historiques. Une immersion dans la ville de Recife, de l’appartement familial aux salles de cinéma disparues.
Dans sa ville natale de Recife au Brésil ( état du Pernambuco) le cinéaste part d’une échelle intime (son propre appartement) pour progressivement aller fouiller dans des lieux appartenant à tous : les rues et les cinémas de la ville qu’il a fréquentés toute sa vie durant.
Parce que le portrait et l’autoportrait sont parfois indissociables dans son œuvre Mendonça Filho raconte les origines personnelles de nombreux détails de ses films (une invasion de termites, des aboiements venus d’on ne sait où) qu’il y a tournés au fil des ans, films amateurs tournés entre amis mais aussi son premier long métrage Les Bruits de Recife.
Au fil de cette exploration à la fois intérieure et extérieure, le réalisateur croise plusieurs fantômes, certains sont métaphoriques et collectifs (ceux de la dictature, d’anciennes stars américaines, d’un quartier entièrement reconstruit, de cinémas fermés et remplacés par des fast-foods), d’autres sont plus concrets, personnels et ô combien émouvants, comme le beau personnage de Monsieur Alexandre, le projectionniste du cinéma Art Palacio qui a « fermé son cinéma avec une clé de larmes », mort en 2003, ou celui du docker qui vendait derrière le cinéma le Trianon affiches, photos et films jetés à la poubelle par les distributeurs.
Portrait amoureux de la ville de Recife, Portraits fantômes mélange histoire et géographie dans une touchante archéologie.
Pour les jours et horaires de projection cliquer en haut de la page sur NOS PROGRAMMES/CINÉMA VICTORIA