ORAY, de Mehmet Akif Büyükatalay
« Oray: un conte moral mélodramatique sur le dilemme de la foi », « Oray: un film de dilemme moral entre amour et foi » titraient respectivement et à raison Le Monde et Les Inrocks à la sortie du film en octobre dernier.
Oray est le premier long-métrage de Mehmet Akif Buyukatalay, jeune réalisateur issu de la troisième génération d’immigrés turcs en Allemagne. Oray (interprété par Zeihun Demirov) est trentenaire et vit avec son épouse Burcu (Cem Goktas) dans la petite ville allemande de Hagen: il tente d’oublier un passé de petit délinquant et vivre selon les principes de l’islam.
Lors d’une dispute entre les époux, Oray prononce au téléphone, sous le coup d’une colère, une incantation coranique « talâq » qui répétée trois fois signifie la répudiation.
Fort du conseil de l’imam de sa ville d’observer une séparation de 3 mois il part pour Cologne où l’imam rigoriste du nouveau groupe de fidèles qu’il intègre lui impose lui de divorcer.
Le réalisateur nous fait dès lors partager les tourments intérieurs d’Oray tiraillé entre son amour et sa foi religieuse.
Mehmet Akif Buyukatalay au quotidien turc Hurriyet : « Je n’ai pas voulu faire un film sur la religion ni sur les musulmans. Mon film raconte l’état d’esprit de jeunes habitants de Cologne qui vivent en communauté et sont ostracisés par la société allemande […]. Car si les immigrés sont globalement discriminés en Allemagne, c’est encore plus le cas pour les hommes musulmans barbus qui vont à la mosquée. Ces jeunes vont incorporer ce rejet, l’accepter, se renfermer sur eux-mêmes et vivre, en vase clos, des vies parallèles à la société majoritaire, autour de petites communautés religieuses. Évidemment, ce n’est pas un mode de vie facile aux XXIe siècle, en plein cœur de l’Europe. »
L’auteur laisse une très large latitude à chaque spectateur contraint de se forger un avis à chercher dans sa propre conscience. L’auteur refuse de lui mâcher le travail, il doit s’interroger jusqu’au bout sur la possibilité d’une identification ou non avec un personnage qui s’enfonce dans le refus de la vie elle-même.
Le film a reçu le prix du meilleur premier film à la Berlinale de 2019.
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