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Semaine du 4 au 10 août 2021

 

Cycle TSAI MING-LIANG (3 films)



Le cycle de films que CinéFilAix consacre du 4 au 10 août 2021 au réalisateur taïwanais Tsai Ming Liang comprend ses 3 premiers longs métrages:

  •  Les rebelles du dieu néon (1992)
  •  Vive l’amour (1994)
  •  La rivière (1997)

Né en Malaisie en 1957 Tsai Ming-Liang est un producteur, réalisateur, scénariste et homme de théâtre. Après avoir passé ses 20 premières années en Malaisie il étudie les arts dramatiques et le cinéma à l’Université Culturelle de Chine à Taipei (Taiwan). Il écrit des scénarios et réalise pour la télévision de Hong Kong plusieurs moyens métrages sur l’adolescence avant de réaliser son premier long métrage en 1992, Les rebelles du dieu néon.

Dans l’histoire cinématographique taïwanaise il apparaît une bonne dizaine d’années après la nouvelle vague dont les figures de proue sont Edward Yang et Hou Hsiao Hsien.

De ses 11 longs métrages réalisés à ce jour il ressort tout d’abord le singulier parcours avec son acteur fétiche Lee Kang-Sheng, acteur non professionnel engagé pour le tournage d’un moyen métrage en 1988 alors qu’il n’a que 18 ans et qui sera à l’affiche de tous les films du réalisateur. Hsiao Kang (nom du personnage dans l’ensemble des films) est un Léaud-Doinel contemporain encore qu’il se démarque du modèle de Truffaut dans l’absence d’une réelle continuité fictionnelle du personnage d’un film à l’autre. Nous suivons en tous les cas le parcours assez unique au cinéma sur une trentaine d’années d’un personnage à l’univers intime et solitaire, aussi pudique que cru, un jeune homme quasi mutique, saisi d’une mélancolie urbaine, profonde et durable, à la démarche nonchalante, à la timidité audacieuse, de ragazzo esseulé à père de famille et même jusque’à moine bouddhiste. Le personnage de Hsiao Kang a l’errance et la vie de mauvais garçon de Charlot, l’impassibilité du visage malgré la brûlure amoureuse d’un Buster Keaton, l’impersonnalité d’un Monsieur Hulot, noyé dans la grande foule anonyme et uniforme de Taipei.

Autre caractéristique du cinéma de Tsai Ming-Liang: l’obsession. Dans chacun de ses films ce sont des motifs, des objets, des situations, des cadrages qui reviennent et se répètent sans cesse avec une insistance presque maladive: les scooters, les aquariums, les pastèques, les slips blancs, les fuites d’eau, la pluie, les larmes, les salles de bains et cuvettes de toilettes, le triangle amoureux entre un couple et un voyeur, un corps qui touche et casse un objet pour en explorer la matière, l’usage de cadrages fixes en grand angle avec un objet en avant-plan, la longue durée de plans silencieux, le lent parcours d’un personnage du fond du champ au premier plan, le corps désiré/désirant de Lee Kang-Sheng/Hsiao Kang.

Le cinéma de Tsai Ming-Liang c’est la place de l’intimité, souvent crue, frontale, des personnages mis à nu au sens propre et figuré. C’est la place à la musique, de calme à tonitruante, émotionnelle, qui ne dédaigne pas l’hommage à la chanson populaire. C’est la place au burlesque, un comique de la contrariété qui repose sur la lenteur des corps, l’empêchement et l’action différée, un burlesque sans gag comme chez Kaurismaki ou chez Kitano.

Avec le temps les dernières oeuvres de Tsai Ming-Liang sont devenues davantage sensuelles, obscures, voire parfois hermétiques, expérimentales et sensorielles, difficilement identifiables, exigeantes. Ce n’est en rien le cas de ses 3 premières oeuvres que nous vous proposons dans ce cycle et que nous vous suggérons dans la mesure du possible de voir dans leur chronologie même si elles sont totalement indépendantes.

Deux des films de notre cycle ont été couronnés de prestigieuses récompenses internationales: Le Lion d’or et le Prix FIPRESCI de la Mostra de Venise pour Vive l’amour en 1994, L’ours d’argent et Grand prix du jury du Festival de Berlin 1997 pour La rivière.

 

Le réalisateur a par ailleurs été récompensé pour de nombreux autres films:

  •  Prix FIPRESCI du Festival de Cannes 1998 pour The Hole (Une ville taïwanaise sous une pluie incessante est la proie d’une mystérieuse épidémie qui chasse ses habitants. Un homme, une femme restent. Ils communiquent entre leurs deux appartements inondés au travers d’un trou dans le plafond)
  •  Prix du jury du Festival de Cannes 2001 pour Et là-bas, quelle heure est-il? (Hsiao Kang est vendeur ambulant de montres. Une jeune fille en partance pour Paris lui en achète une en insistant pour qu’elle affiche plusieurs fuseaux horaires. Après son départ le vendeur, pensant se rapprocher d’elle,  va s’ingénier à mettre les montres et horloges de Taipei à l’heure de Paris.)
  •  Prix FIPRESCI de la Mostra de Venise en 2003 pour Good bye, Dragon Inn (Une vieille salle de cinéma à Taipei. C'est la dernière séance. Seuls quelques personnes sont présentes. L'ouvreuse, une jeune femme boiteuse, le projectionniste, un fumeur invétéré et une poignée de clients, dont deux ressemblent à s'y méprendre aux héros du film projeté, une prostituée qui grignote bruyamment des oléagineux, un japonais homosexuel qui tente de draguer le projectionniste et un enfant…une micro humanité en somme. La séance se passe, le cinéma ferme, le tout sous une pluie battante)
  •  Ours d’argent de la meilleure contribution artistique du Festival de Berlin 2005 pour La saveur de la pastèque (Pour une fois, fait rare dans un film de l’auteur, il n’y a pas d’eau. C’est la sécheresse à Taipei et ses habitants sont invités à boire du jus de pastèque. Elle, elle vole l’eau dans les toilettes du musée où elle travaille. Lui, acteur porno, se rafraîchit dans les citernes des immeubles. Ils se rencontrent…)
  •  Lion d’argent et Grand prix du jury de la Mostra de Venise 2013 pour Les chiens errants (Un père et ses deux enfants vivent en marge de Taipei, entre les bois et les rivières de la banlieue et les rues pluvieuses de la capitale. Le jour, le père gagne chichement sa vie en faisant l’homme sandwich pour des appartements de luxe pendant que son fils et sa fille hantent les centres commerciaux à la recherche d’échantillons gratuits de nourriture. Un soir d'orage, il décide d'emmener ses enfants dans un voyage en barque. Une fable âpre sur la misère contemporaine, poussée aux limites du formalisme par son maître d’oeuvre)
  •  Teddy Award du Festival de Berlin 2020 pour Days (Une ode à la lenteur, un catalyseur d’émotions. La rencontre de deux hommes de condition différente, de deux solitudes. L’un au corps pétri de douleurs enchaînent bains et séances d’acupuncture, l’autre épluche des légumes pour la préparation de mets traditionnels. Deux parcours d’abord parallèles qui se rencontrent en une longue séance hypnotique de massage virant à la prestation sexuelle)

Pour celles et ceux qui veulent prolonger leur rencontre avec l’oeuvre de Tsai Ming-Liang, l’ensemble des films cités ci-dessus à l’exception de Days est disponible en DVD.

 

LES REBELLES DU DIEU NÉON (1992)

 

Semaine du 4 au 10 août 2021

Premier long métrage du réalisateur. Le film narre l’existence errante de quatre adolescents dans le Taipei du tout début des années 90. C’est un film sur la jeunesse et le mal de vivre qui prend en compte la réalité de la capitale de Taiwan, l’incommunicabilité et la violence larvée qu’elle génère.

1er plan: au coeur de la nuit urbaine, une cabine téléphonique, la pluie, les phares des voitures, deux adolescents taiseux subtilisent les pièces de l’appareil.

Le vol des deux jeunes délinquants est rapidement mis en parallèle avec un troisième personnage, Hsiao Kang,  étudiant qui navigue entre les sermons de son père (chauffeur de taxi) et les attentions confondantes de sa mère et qui sur un coup de tête se désinscrit de l’Université.

Le cinéaste met en scène ces adolescents qui n’ont en commun que la ville qu’ils parcourent et la rage sourde qui les anime. Au fil des évènements ils vont voir leurs destins s’entrechoquer au gré des rues du quartier très populaire de Taipei, Ximending, quartier de loisirs qui concentre salles de cinémas, salles de jeux vidéo, centres commerciaux, jeux d’arcade, magasins de vêtements, bars à chanteuses, salons de massage et hôtels de passe souvent miteux, quartier de drague gay et de prostitution juvénile.

L’approche quasi documentaire nous donne à suivre les protagonistes dans la vacuité de leur adolescence. Sans buts ni aspirations, ils sont en errance constante. Ils expriment le malaise citadin noyé dans le béton où chacun cherche sa place de façon maladroite.

 

 

VIVE L’AMOUR (1994)

Semaine du 4 au 10 août 2021

Deux ans après le somptueux Les rebelles du dieu néon Tsai Ming-Liang nous invite à suivre trois personnages, Hsiao Kang (l’étudiant en rupture de ban du précédent film) en modeste entrepreneur de pompes funèbres (il démarche pour des emplacements de columbarium), Ah Jung, simple marchand vestimentaire ambulant, et May Lin, jeune et fringante commerciale dans l’immobilier.

Tsai Ming-Liang se déplace du quartier de Ximending, cadre de son premier opus, vers le quartier de Da An, moins chaotique et plus aéré, quartier résidentiel où se côtoient des maisons japonaises et de beaux immeubles des années 60. Un quartier en pleine construction, on démolit, on édifie, on restructure.

C’est dans l’appartement inhabité d’un immeuble de grand standing de ce quartier que les trois personnages, squatteurs des lieux comme de leur propre vie vont se croiser sans se rencontrer ou si peu. C’est un chassé-croisé sans paroles magnifiquement orchestré par le réalisateur. Toute la beauté du cinéma de Tsai Ming Liang est là: une savante chorégraphie de corps et de lieux. On se croise, se cogne, se cache. On s’approprie les lieux, on les vole, on se les garde. On s’aime, on ne s’aime pas, on se cherche.

On est frappé par la capacité de l’auteur à nous rendre si palpable la ville déshumanisée, la puissance des silences des personnages au milieu du brouhaha immense et permanent de Taipei. Et l’on s’émeut à la fin du film des larmes de May, seule, si désespérément seule. C’est juste le monde, et c’en est à pleurer.

 

LA RIVIÈRE (1997) 

Semaine du 4 au 10 août 2021

Au début du récit nous assistons à un scène de tournage en bordure d’une rivière. La réalisatrice ne parvient pas à rendre crédible le mannequin en plastique qui doit symboliser le corps d’un cadavre flottant entre deux eaux.

Hsiao Kang de passage à proximité est interpellé sous son vrai nom à la ville, Lee Kang-sheng,  par une jeune actrice qui l’a reconnu. Il est invité à jouer le rôle bref du cadavre dans la rivière qui s’apparente à cet endroit -là  à une sortie d’égout.

Peu de temps après Hsiao Kang est en proie à des douleurs cervicales qui ne vont aller qu’en s’amplifiant et que les soins attentifs prodigués par père, mère, chiropracteurs, manipulateurs, acupuncteurs, moines, médecins, n’arriveront pas à juguler.

La baignade brève dans l’eau polluée de la rivière est-elle la cause de son mal ou n’est-il pas le reflet du mal de vivre, de la mélancolie, de l’exploration du désir et de la solitude que traînaient déjà Hsiao Kang dans les deux premiers opus de Tsai Ming-Liang?

Aucune étape douloureuse du long calvaire de Hsiao Kang ne nous est épargnée dans ce troisième long métrage où la maturation des plans et des plans-séquences statiques, la beauté des cadrages mêlés de surcadrages, les abîmes et autres aspérités, la présence de l’incontournable Lee Kang-Sheng dans le rôle principal témoignent de tous les atouts majeurs du réalisateur.

L’un des charmes des oeuvres de Tsai Ming-Liang est la résonance d’un film à l’autre de scènes parfois anodines. Dans les rebelles du dieu néon Hsiao Kang et son père savourent une barquette de fruits en bordure de route. Le père à un moment donné regarde son fils et lui rajoute quelques morceaux. Ce geste est simple, beau. Gardez-le en mémoire quand les rapports entre père et fils et singulièrement dans La rivière prendront de l’épaisseur et deviendront très vifs.

 

POUR LES JOURS ET HORAIRES DE PROJECTION,

MERCI DE CONSULTER LE PROGRAMME DU CINÉMA VICTORIA

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